Ludvik Zamenhof a signé en 1887 les quatre premières brochures imprimées de l’histoire espérantiste : ce qu’on a appelé la « Unua Libro » ou Premier Livre, est en fait un ensemble de quatre brochures très similaires, en russe, polonais, français, allemand. Ce document est la matrice de nombreuses autres brochures en d’autres langues, qui contiennent elles aussi une justification u projet espérantiste, et donnent ar ailleurs les premiers éléments permettant son apprentissage (grammaire, vocabulaire de base). La publication assez rapide de tous ces documents s’explique bien: il y a un enjeu considérable, pour les premières personnes qui s’engagent en faveur de l’esperanto, à fournir dans le maximum de langues possibles un argumentaire et un outil pédagogique, afin de populariser la « langue internationale » le plus vite possible.
Tous les auteurs qui s’intéressent aux débuts de l’esperanto font des listes plus ou moins complètes de ces brochures, manuels et dictionnaires, et les assimilent en général aux quatre « Premiers Livres » de 1887 (Kanzi, Schor, Korzhenkov, notamment). En fait, dans l’historiographie du mouvement espérantiste, centrée à la fois sur la personne du fondateur et sur le développement progressif de l’esperanto à l’échelle mondiale, on s’intéresse assez peu aux auteurs de ces premiers textes de « propagande » dont l’activité a pourtant permis la diffusion rapide de l’idée dans des lieux et milieux très différents.
Pourtant, en l’espace de quelques années, dix-sept brochures ou dictionnaires directement inspirés des contenus de ce Premier Livre de 1887 sont publiés, en Russie impériale, dans l’Empire allemand, aux Etats-Unis, en Italie, Bulgarie, etc. Ces brochures sont l’œuvre de quinze militants de l’esperanto, dont certains sont devenus des figures de l’histoire espérantiste, comme Lorenz, Bogdanov, Libeks, Geoghegan, alors que d’autres sont à peine connus, sinon par leur nom (Steinhaus, Marignoni, Nielsen, Najmanovich, Frollo). Le travail de toutes ces personnes a pourtant permis de proposer la nouvelle langue à des locuteurs de treize langues supplémentaires.
Nous proposons dans cette communication des présenter les contenus de cette vingtaine de documents, qui sont parfois extrêmement différents des quatre originaux de 1887, et de faire un tableau parallèle des trajectoires biographiques de leurs auteurs. On insistera sur la remarquable popularité du premier dictionnaire de 900 mots, le « vortaro » initial de Zamenhof, qui est reproduit dans la plupart des documents, et dont l’adaptation la plus étonnante est le Dictionnaire esperanto-yiddish de 1888.